Scènes de genre et nus
Jean Couty contemple ses contemporains et transcende la scène de genre en conservant de Courbet monumentalité et réalisme, pour donner aux sujets anecdotiques une ampleur historique. Tour à tour ses proches prennent la pose, puis les gens qu’il croise et ceux qu’il découvre. Ses parents s’attablent et Le Cercle de famille naît. Des regards fuyants, une atmosphère pesante, Jean Couty ne triche pas, il rend l’âme humaine, ses faiblesses, ses doutes, sa pensée, sa grandeur. Homme engagé, il met en scène la guerre d’Espagne dans Les Réfugiés ou le massacre des juifs du ghetto de Varsovie dans Les Martyrs. Dénonciateur de la cruauté des hommes, Jean Couty porte haut la mémoire du monde. La souffrance humaine est celle de La Parabole des fous que lui inspire une visite dans un centre psychiatrique. Sa peinture est profonde, habitée par une sacralité qui témoigne de la grandeur divine. Ses scènes religieuses sont éblouissantes comme Le Bénédicité, œuvre magistrale et monumentale qu’il exécute pour l’Hospice de la Rochette, restituant dans une rigueur frontale une cène devenue sous son pinceau un repas de carême entre religieuses. Couty s’inspire des ecclésiastiques autant que des paysans et des ouvriers dont il dégage les visages et les corps meurtris. Parmi ces anonymes, il y a aussi les filles de joie, Les Trois Femmes qui mêlent convoitise et curiosité. Une sensualité charnelle, fragile et timide pour des corps dénudés qui s’offrent sans complaisance. Couty consacre son oeuvre à l’humanité et nous renvoie à la vérité de notre existence.
Julie Solly
Historienne d’art
Commissaire de l’exposition « Jean Couty, les portraits » au musée Paul Dini, 2002
Auteur d’un mémoire « Portraits et scènes de genre » sur Jean Couty |