Jean Couty et les chantiers
En 1979, Jean Couty présentait ses ”Chantiers de ce temps” au musée d’Art Moderne de la ville de Paris. Dans la préface du catalogue de l’exposition, René Déroudille rappelle que l’artiste a été l’élève de Tony Garnier, le visionnaire de la “Cité industrielle”. Autre rencontre importante, celle de Henri Focillon, professeur à l’université de Lyon et conservateur du Palais Saint-Pierre avant d’être appelé à la Sorbonne et au Collège de France. Il n’est pas indifférent que Couty ait été marqué par la leçon de l’historien qui avait renouvelé la vision de l’art roman, montrant de quelle manière le sculpteur se conformait à l’ordre fixé par l’architecte. Couty peintre sera lui aussi fasciné par la loi du cadre architectural. Héritage de ses ancêtres, maçons de la Creuse, dialogue avec les maîtres, Tony Garnier ou Focillon, l’architecture traverse ainsi l’oeuvre de Couty. Dans les églises romanes tout d’abord à partir de 1949, mais aussi dans les chantiers parisiens et lyonnais des années 70. En cela, la poétique de Jean Couty fait penser à celle des Constructeurs de Fernand Léger, également fasciné par les matériaux modernes et les ouvriers, interprètes de ce nouvel urbanisme. Faut-il rappeler que Couty a vécu et peint à proximité de l’Île Barbe, à quelques pas des villas “conventuelles” que son maître Tony Garnier avait construites. De là, il pouvait également contempler les vestiges médiévaux de l’ancienne abbaye édifiée par Leidrade, évêque de Lyon et conseiller de Charlemagne.
Sylvie Ramond
Conservateur en chef du Patrimoine
Directrice du Musée des Beaux-Arts de Lyon |