Jean COUTY
J'ai connu Jean COUTY grâce à notre ami américain John DEVOLUY lors de la première et mémorable exposition qu'il fit Quai Conti, tout de suite après le retour de la paix. Certaines toiles me reviennent en mémoire : le grand « Bénédicité » où toute la famille était pétrifiée dans la prière autour d'une nappe immaculée, la glaneuse courbée sous le poids d'un sac de bois, le portrait de Louis MARTINCHAUFFIER et ceux d'évêques ou de nonnes absorbés par la méditation. Sujets éminemment austères mais traités avec une superbe maîtrise. De la grande peinture dans la lignée de Philippe de CHAMPAIGNE (en plus sec, comme aurait dit John !)
Jean, ce petit homme au visage carré, au doux regard de myope avait rencontré Katia à Lyon en 1940-42 lorsque, venant de notre château de la Voulte sur Rhône, elle vendait difficilement quelques tableaux à la barbe des Allemands. COUTY était architecte, comme je le serai vingt ans plus tard. Il portait une grosse bague en onyx ornée d'une croix en argent qui me fascinait...
Religion et construction, ont ont orienté toute son oeuvre. Enfant de Lyon, ville romaine de bâtisseurs, COUTY sera toujours imprégné par l'esprit architectural, peignant plus tard toute une série d'églises et de cathédrales. Devenu moi-même architecte, les plus belles toiles de cette série formeront une frise qui couvrait les murs de mon atelier.
Toutefois, je garde une prédilection pour ces paysages enneigés des quais de Lyon. Avec les couleurs vives des proues de remorqueurs, se mirant dans le vert sombre et glacial de la Saône.
Est-ce ? mon amour de la pêche, ou la nostalgie des rudes hivers de l'immédiat après guerre qui me font souvenir du temps béni de ma jeunesse à la galerie du Quai Conti. Ou parfois lors de ses expositions Jean et moi contemplions les « abeilles » remonter la Seine, et abaisser leurs hautes cheminées pour passer les ponts de Paris.
Pierre Larock - Mai 2008 Galerie Larock-Granoff Paris Texte pour le cahier invitation de l'exposition en Octbore 2008 |