Un peintre témoin de son temps : Jean Couty, le témoin
Jean Couty, réaliste dans la tradition des Le Nain et de Courbet, n’a cessé de peindre en observant avec une tendresse rugueuse le monde dans lequel il vivait. Les paysages de l’Île Barbe d’abord, à portée de sa maison, soumis aux variations des saisons, la tribu familiale ensuite saisie dans ses assises patriarcales et les rituels quotidiens. Témoin de son temps, comme il a été souvent dit, Couty accueille l’histoire et s’y engage quand elle frappe à sa porte. Il a peint des travailleurs au chômage. Il décrit des scènes de l’Occupation et fait les portraits des écrivains résistants qu’il reçoit chez lui.
Mais la grande affaire de Couty, sa motivation essentielle, est une célébration charnelle du sacré sous toutes ses formes. Des sites bibliques aux rives de la Saône, des églises romanes aux chantiers urbains modernes, des natures mortes avec pain de ménage, bouteille de vin rouge ou chandelier humblement symbolique aux effigies du Pape, des moines, des soeurs hospitalières ou des filles de joie, tout, chez ce peintre sensuel, participe de la même substance liant grassement la terre et le ciel.
La ville de Lyon, sa ville de l’éternel retour, figure par excellence dans cette matière touchée par la grâce. Il y a de l’amour dans sa façon de témoigner pour elle, sa beauté sourde, les jalons de son passé, les fêtes qui l’illuminent, ses grands chantiers animés par des ouvriers casqués juchés sur des échafaudages qui profilent l’avenir.
Jean-Jacques Lerrant
Critique d’art |