Jean Couty et les Paysages
André Chouraqui, traduisant la Genèse, appelle Adam “le Glébeux”. C’est, à mon sens, le meilleur qualificatif que l’on puisse donner à Jean Couty. Il est l’homme de la terre et ce croyant fervent a l’intuition de l’incarnation. Les cathédrales qu’il peint à longueur d’années,
mais aussi les travaux des hommes, dans leur fatigue et leur déréliction, c’est pour lui l’incarnation la plus évidente. Et cette incarnation fonde les paysages qui parsèment son oeuvre. Curieusement ce mot de paysage évoque la paix, la douceur, bien plus que la violence ou la tragédie. Or Jean Couty traite le paysage comme il traite les cathédrales romanes, avec son sens de l’équilibre, de l’architecture, mais sans jamais oublier que ce calme précède la tempête. Et ce n’est pas par hasard que la plupart de ses paysages portent le poinçon d’un soleil que ne renierait pas Georges Rouault.
Ce n’est pas un hasard non plus si les paysages tirent Jean Couty vers l’abstraction. Abstraction que ces glaces qui ponctuent la Saône devant l’Île Barbe, abstraction que ce paysage traversé par l’Isère avec le soleil qui ensanglante les coulées des nuages, abstraction encore lorsque des meules évoquent des chapelles romanes. Et c’est le génie de Jean Couty que de s’affranchir des écoles, de refuser de s’inscrire dans un genre, mais de s’y poser, comme au passage, avec toujours cette passion qui lui fait refuser la tiédeur et lancer sa voix en toute violence vers Dieu.
René Gachet
Directeur général honoraire des théâtres
Ancien directeur de la DRAC de Lyon |