Les portraits de Jean Couty
Les portraits de Jean Couty sont exemplaires dans la manière de conjuguer la spiritualité des êtres dans l’espace pictural. Influencé par Cézanne et Derain, l’artiste cultive la solidité des figures et la simplification des couleurs. L’Autoportrait (1936), avec les aplats de rouge et les épais cernes noirs, révèle aussi plastiquement une filiation expressionniste. Jean Couty peint des portraits charpentés à partir de 1937 1. Dans le Repos de Famille (1937), les deux figures féminines monumentales définissent strictement l’espace de la chambre. Son profond sens de la religion catholique l’inspire dans des portraits collectifs. Il compose également des
portraits des frères des écoles chrétiennes de Lyon dont il maçonne les robes de bure dans des tonalités brunes tranchant à peine sur le fond. Il trouve d’autres sources d’inspirations dans le cercle familial et chez les gens modestes, dont il apprécie l’humilité 2.
Dans les portraits individuels familiaux - en buste ou assis -, Couty développe un style plastique construit, intensifié par la palette de tons bruns (Le Père, 1936) ou de couleurs prononcées comme pour Fillette à la poupée, 1952. Ses portraits dessinés illustrent ses recherches de volumes dans l’espace : « suite normale de la construction d’une harmonie et d’une composition. » 3 La puissance de ses portraits et sa préoccupation sur les droits de l’individu face au collectivisme croissant du XXe siècle peuvent se rapprocher de ceux du peintre allemand Max Beckmann (1884-1950), mais emprunt d’humanisme et de spiritualité.
Sylvie Carlier
Conservateur du musée
Paul Dini de Villefranche-sur-Saône
1 Solly Julie, Le portrait dans l’oeuvre peint de Jean Couty (1907-
1991), mémoire de maîtrise (sous la direction de F. Fossier),
Université Lyon II, 2003-2004, 2 vol.
2 Cat. exp. Jean Couty-Portraits, Musée Paul-Dini, Villefranchesur-
Saône, 2002, 64 p.
3 Bonnardel André, Jean Couty, film entretien avec Bernard
Villeneuve, Lyon FR3-Institut Lumière, 1988 |