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À Lyon, au temps de Couty

 
Pourquoi vouloir une fois de plus revenir sur l’oeuvre de Jean Couty (1907-1991) ? Tant et tant de belles plumes célèbres à Paris et à Lyon, se sont brillamment exprimées à son sujet... Je pense en particulier – en parcourant les pages de la première grande monographie de 1990, et en consultant l’importante bibliographie publiée dans les derniers catalogues (notamment Couty, les grandes villes du monde édité par Le Grand Lyon / Paris 2003) – à Pierre Mazars, Claude-Roger Marx, André Warnod, Waldemar-Georges, Jean Bouret, Louis-Martin Chauffier, Claude Aveline, Stanislas Fumet, et bien sûr à Maurice Genevoix de l’Académie Française et à Georges Besson, l’infatigable critique d’art parisien qui a su, avec une perception très affinée, créer entre la capitale et Lyon des liens plus que nécessaires, des liaisons salutaires. Pour mieux situer son action par rapport à Couty, il convient de rappeler que dès 1925, Besson montre entre Rhône et Saône, avec la complicité de Marius Mermillon et des Ziniars (1920-24) groupe fondateur du Salon du Sud- Est (1925), des toiles de Paul Signac, Utter, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo, Dunoyer de Segonzac et surtout Pierre Bonnard. Ces artistes faisaient aussi les beaux jours de la galerie des Archers où Mermillon et Besson, étaient épaulés par Antonin Ponchon. C’est tout naturellement que, quelques années plus tard, comme pour renvoyer l’ascenseur en bonne intelligence, Besson a promu à Paris, ceux qui émergeaient du lot, en premier lieu les jeunes lyonnais disciples du « nabi japonard », je veux parler bien évidemment de ces rebelles qui – en 1948, sortant de l’école des Beaux-Arts de Lyon – ne s’étaient pas encore fait un nom propre, s’autorisant l’arrogante appellation de « Sanziste », afin de propulser leurs ambitions – à la manière de Bonnard le plus indépendant des peintres qu’ils admiraient- hors des frontières locales mais, surtout, très loin des genres définis par l’histoire. Ils se prénommaient Paul, André, Jean et Jacques, trois « mousquetaires » qui signeront leurs oeuvres respectivement Philibert-Charrin, Cottavoz, Fusaro et Truphémus. Des noms prédestinés à devenir célèbres, des noms qui ne pouvaient s’inventer !

Georges Besson voyait en eux l’espoir de la jeune peinture française, ce qui ne l’empêchait pas de défendre avec la même ardeur ceux des générations précédentes (au point de collectionner leurs oeuvres), les préimpressionnistes de Morestel, Louis Carrand, François Miel dit « Vernay », François-Auguste Ravier, puis le grand Pierre Puvis de Chavannes (lequel aura une influence directe sur Paul Gauguin et – bien sûr – par ricochet sur les célèbres nabis, et enfin sur des artistes aussi différents que Vincent Van Gogh et Pablo Picasso… Entre 1920 et 1930, les peintres lyonnais regroupés sous le nom de Ziniars (Pierre Combet- Descombes et ses amis Emile Didier – l’inventeur du terme Ziniar – Etienne Morillon, Louis Bouquet, Adrien Bas, Jacques Laplace, Antonin Ponchon, etc…) et ceux réunis – dès 1931 – sous le label du groupe Les Nouveaux (Pierre Pelloux, Henri Vieilly, Antoine Chartres, René Besset, Jean-Albert Carlotti, Marc Aynard, puis Jean Couty) seront des signatures contemporaines défendues par Besson. Celui-ci se positionnera naturellement comme l’un des derniers critiques d’art à imposer une vision moderne et contemporaine de la peinture, une vision « classique » du métier, à l’heure où la mode tournait le dos à la figuration faisant place à l’abstraction, et – surtout – aux expériences très discutées de Marcel Duchamp. C’était le temps où Paris voulait se distinguer, tentant de se singulariser pour se battre contre New York, afin de rester – en vain (l’histoire le prouvera) – la capitale mondiale de l’Art. A contre courant, Georges Besson s’est impliqué, s’est engagé, « mouillé corps et âme » pour nos peintres, dont l’oeuvre puissante (comme celle de Jean Couty) ou plus subtile et raffinée (comme celle de Fusaro, Cottavoz ou Truphémus) n’intéressait – à l’époque – personne ou pas grand monde, dès lors que l’on avait franchi les limites austères et secrètes de la cité de la soie.

Nombre de ces lyonnais, seront les premiers à faire partie du fonds légué par Adèle et Georges Besson au musée Albert André de Bagnols-sur-Cèze (Gard), qui sera – de ce fait – le premier musée de province – bien avant le musée Paul Dini à Villefranche-sur- Saône – à représenter les peintres régionaux au même niveau que ceux qui – en haut de l’affiche – ont ponctué toute l’histoire de l’art moderne, depuis Monet, Renoir, Cézanne, jusqu’à Matisse, Bonnard et Picasso. Pour signifier sa complicité avec l’Ecole lyonnaise, rappelons que Besson a légué une centaine d’OEuvres à Bagnols-sur-Cèze, dont quinze Janmot, quatre Puvis de Chavannes, trois Eugène Baudin, deux Jacques Martin, trois Ravier, deux Guiguet, dix Carrand, quarantetrois Vernay, et, parmi les contemporains Maly, Cottavoz et Fusaro. Les trois derniers cités sont bien la preuve que Besson, avant les années 50, avait envisagé de miser sur la jeune création. Besson a été aux côtés de ceux qui ont donné son identité à l’école lyonnaise, parce qu’il croyait en leur talent singulier ! Il n’a jamais été question – pour lui – de les traiter à part, de les sous-estimer, de les laisser pour compte face à l’histoire.
Bernard Gouttenoire


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